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Journée d’études "L’Homme et la mesure II. Normes, étalons de mesure et étalonnage"

Organisée par Grégory Chambon (EHESS-ANHIMA) et Lionel Marti (CNRS-PROCLAC)
 
Mercredi 6 décembre 2017 de 9h30 à 17h
Salle Vasari, INHA
 
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Cette journée se propose de prolonger les réflexions initiées lors des premières journées l’Homme et la mesure qui se sont tenues les 22 et 23 juin 2017 à la Fondation Hugot du Collège de France (http://www.anhima.fr/spip.php?article1810). Nous souhaitons poursuivre l’enquête dont les participants, issus de différentes disciplines et travaillant sur diverses périodes et aires culturelles, ont posé les prolégomènes. Il s’agit d’une part de prendre du recul avec nos propres pratiques, qui nous poussent parfois à l’anachronisme, et d’autre part de tenter de reconstituer la culture métrique d’une société, de l’Antiquité à l’Epoque contemporaine, qui s’exprime sous diverses formes et dans différents contextes, de l’environnement quotidien aux domaines spécialisés. Cette journée se concentrera sur l’étude des étalons, des pratiques d’étalonnage et des normes métriques dans leurs multiples dimensions (anthropologique, historique, économique, techniques, mathématique, sociologique).
 
La première question, celle des étalons de mesure, est en particulier abordée dans les recherches historiques le plus souvent à travers l’étude des compétences mathématiques et techniques mobilisées non seulement pour satisfaire un certain « degré de précision », du point de vue matériel, lors des activités de pesée et de mesure, mais également pour garantir une compatibilité de toutes les unités (longueur, poids, surface, capacité…) entre elles. Des recherches anthropologiques récentes invitent cependant, comme l’a rappelé Alain Testart, à questionner le principe que l’on retrouve dans les sociétés industrielles, influencées par l’objectivité, l’uniformité et la précision du système fondé sur le mètre, et qui consiste à confier l’élaboration des étalons de mesures à la science pour les appliquer ensuite à des activités techniques et économiques. En effet, dans certains types de sociétés, la mesure sert d’autres fins, en participant notamment la réglementation de la vie sociale. Les étalons de mesure sont élaborés et utilisés par exemple pour fixer des impôts et des redevances, pour établir des valeurs dans les échanges commerciaux, pour estimer le potentiel agricole d’un champ ou encore pour réaliser des recettes de pharmacopée : c’est la technologie (au sens d’André-Georges Haudricourt) et le domaine d’activité qui déterminent leur propre système de mesure. On ne doit alors pas s’étonner du fait que dans ces sociétés « traditionnelles », comme d’ailleurs dans des sociétés anciennes, les unités qui valent pour une sphère de la vie pratique ne valent pas forcément pour une autre. Cela se traduit également en terme d’échelle spatiale : en dehors de l’environnement immédiat de l’homme, le système des étalons de nature anthropomorphique (pied, empan, brasse etc.) n’a pas vocation à mesurer des distances entre lieux géographiques ou entre corps célestes, une opération qui fait appel à d’autres systèmes métriques qui ne sont forcément traduisibles dans le premier, à la différence de nos unités mètre et année-lumière. Dès lors, la notion « étalon de mesure » est-elle réellement applicable aux réalités du passé ou d’autres aires culturelles, sans risque d’anachronisme issu de notre propre expérience du système fondé sur le mètre ? Comment approcher au mieux les pratiques de mesure et en particulier « d’étalonnage », en les réintégrant dans les systèmes de pensée des cultures qui les produisent ?
 
Cette variabilité de l’étalon, à laquelle nous ne sommes pas familiers, conduit à la seconde question, celle de la norme métrique. Il est bien connu que les unités de mesure sont le fruit de conventions et l’objet de consensus sociaux, leur formalisation et leur normalisation relevant le plus souvent du politique. L’adage célèbre « un roi, une loi, un poids », qui conditionne le plus souvent notre interprétation des tentatives, échouées ou réussies, d’uniformisation par une puissance politique du système de poids et mesure au cours de l’histoire, n’a-t-il pas néanmoins un caractère trop déterministe ? Plusieurs systèmes de mesures concurrents dans une même société sont-ils nécessairement voués à être uniformisés par la mise en place d’un pouvoir devenant fort et centralisateur ? Et, de façon corollaire, la grande diversité des étalons de mesure repérés dans une même région et parfois dans une même localité, dont l’anthropologie et l’histoire nous fournit de multiples exemples, traduit-elle la fragmentation d’un pouvoir politique ? Doit-on considérer que chaque sphère de la pratique produit ces propres techniques et standards de mesure ?
 
Afin d’aborder l’ensemble de ces questionnements, la journée d’études propose plusieurs cas d’études empruntés à différentes disciplines dans le cadre de recherches récentes, à la suite des travaux de Witold Kula qui, dans son ouvrage Les Mesures et les hommes (1984), a fait œuvre de précurseur, affirmant la dimension sociale des poids et mesures.

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