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Journée d’études "Les troupes d’élite, et autres corps spécialisés, et l’État dans l’Antiquité"

Organisée par Jean-Christophe Couvenhes (Paris Sorbonne) dans le cadre du programme de recherche ANHIMA « Droit grec et hellénistique. Approches historique et anthropologique »
 
Samedi 25 novembre 2017 de 9h à 17h30
Salle Peiresc, INHA
 
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La question des troupes d’élite et des corps de troupe spécialisés mérite certainement d’être posée à nouveau, non pas pour elle-même, mais dans son rapport à l’État, ou plus exactement, aux différentes formes d’État qu’ont connues les communautés antiques. En Égypte, dès l’Ancien Empire, les Medjaÿ, peuple du Nord Soudan, ont fourni de nombreux auxiliaires à l’armée égyptienne : le terme est devenu un nom commun. Non seulement, ils pouvaient patrouiller aux frontières du royaume, mais ils avaient pour fonction de garder la famille royale, ses tombeaux et ses palais. Au temps du roi David, certains hommes de troupe étaient appelés ish hayii (hommes valeureux) ou ish bahur (hommes choisis) : c’étaient des troupes d’élite, dont l’équipement était repris à l’équipement cannanéen et philistin. Avec Cyrus le Grand, apparaissent, au milieu du VIe siècle, les Immortels perses qui se sont illustrés lors de la bataille des Thermopyles de 480. Dans le monde des cités grecques, on pense au Bataillon sacrée de Thèbes, mais aussi aux 300 hippeis spartiates ou bien encore aux corps, plus nombreux qu’on ne l’a longtemps cru, présents dans de nombreuses armées ou milices civiques. Sous Philippe II de Macédoine, puis Alexandre, les hétairoi représentent une élite de cavaliers, à la fois gardes du corps du roi (somatophylakes) et membres de la cour. Les extraordinarii sont des soldats de l’armée romaine manipulaire de la période républicaine formant un corps sélectionné parmi les alliés (les socii), attachés au commandement direct du consul. Les gardes germains (Germani Corporis Custodes ou Batavi) forment la garde personnelle des empereurs romains de la dynastie julio-claudienne au début de l’Empire romain. Leur origine se situe pendant la période des guerres civiles républicaines, lorsque des mercenaires étrangers semblent avoir été considérés comme plus fiables qu’une garde de citoyens romains dont la loyauté pouvait être mise en doute. La garde prétorienne, qui fait son apparition sous la République romaine, formait une unité de l’armée romaine constituée de soldats d’élite initialement recrutés en Italie : ils formaient la garde rapprochée et une réserve militaire de l’empereur. Sous Constantin, les Scholae Palatinae prennent de l’importance, se substituant vraisemblablement aux equites singulares Augusti, alors qu’il existe un corps distinct d’equites praetoriani.
Le phénomène des troupes d’élite et autres corps spécialisés est donc très ancien, représenté dans différents États antiques. Dès les origines, la troupe d’élite apparaît comme une entité propre, de « choisis », modelés par un esprit de corps, une agrégation au groupe dont on peut se demander si elle ne passait par une initiation, un type d’armement bien spécifique, un mode de combat qui pouvait, dans certain cas, relever de « la guerre de nuit », par opposition à la « guerre de jour » que mène la phalange (P. Vidal Naquet, « Retour au Chasseur noir », in P. Vidal-Naquet et J.-P. Vernant, La Grèce ancienne, Tome III : Rites de passage et transgression, Paris, Le Seuil, 1992, p. 250). La troupe d’élite comme les corps de troupe spécialisés sont également une composante à part entière de l’armée, articulée avec celle-ci : dans les catalogues militaires, les parades ou les triomphes, ces corps s’individualisent tout en faisant partie d’un tout. La troupe d’élite et le corps spécialisé entretiennent enfin un rapport très particulier au pouvoir en place, et plus largement à l’État qu’ils servent : garde royale, homme de main du tyran, troupes spécialisées au service de la cité ; affectés à la garde territoriale, habitués des coups de main, voire des coup d’État ; utilisés comme fer de lance sur les champs de bataille traditionnels.
La table ronde aura pour but d’interroger, sur le temps long, les rapports des troupes d’élite, et autres corps spécialisés, avec l’État, ou plus exactement les différentes formes qu’ont pu prendre les États antiques. Les actes en seront publiés dans la Revue internationale d’Histoire Militaire Ancienne (HiMA).

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