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Savoirs et mémoires de la République romaine

responsables

Clara Berrendonner (U. Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Sylvie Pittia (U. Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

titulaires

J. Andreau (EHESS), M. Bats (Paris 1), C. Berrendonner (Paris 1), J.-Chr. Couvenhes , J.-L. Ferrary (EPHE), J.-Cl. Lacam (Paris 1), R. Laignoux (Paris 1), B. Legras (Paris 1), Ph. Moreau (UPEC), S. Pittia (Paris 1)

doctorants :

D. Maillard (Paris 1), A. Meszaros (Paris 1), A. Sanz (Paris 1)

membres associés, partenaires honoraires et correspondants

M. L. Bonsangue (Amiens), S. Bourdin (Amiens), L. Cappelletti (Vienne), J. Dubouloz (Aix-Marseille), M. Engerbeaud (Aix-Marseille), J. France (Bordeaux), C. Landrea (Lorient), A. Llamazares (Vitoria), J. Prag, L. Rossi (Labex Dynamite), Chr. Smith (Saint-Andrews), E. Todisco (Bari), E. Torregaray (Vitoria)

> Présentation

Le programme se propose d’étudier un thème a priori classique – la définition de la cité romaine républicaine comme puissance hégémonique – sous un angle original, la progressive structuration d’une culture impériale de gouvernement chez les aristocrates romains. On entend par culture impériale à la fois le corpus de connaissances (institutionnelles, administratives, juridiques et techniques) indispensables à l’exercice de l’imperium sur un espace géographique appelé, dans les conceptions du temps, à s’étendre indéfiniment, et la mémoire historique des succès militaires du passé (conquête de la péninsule italienne, puis du bassin méditerranéen), qui fondait l’idée de la supériorité romaine et légitimait les entreprises à venir. L’élaboration de cette culture impériale est examinée à travers différents dossiers qui portent d’une part sur les étapes souvent heurtées de l’unification de l’Italie, d’autre part sur l’administration des provinces, et l’on travaille en particulier sur les capacités d’innovation qui étaient en germe dans cette culture impériale. Alors que l’époque tardo-républicaine est canoniquement décrite comme une « crise sans alternative » exprimant l’incapacité des sénateurs romains à penser l’idée de réforme, la « résilience » de l’Vrbs lors de conflits majeurs comme la deuxième Guerre Punique, l’intégration d’un demi-million de nouveaux citoyens italiens suite à la Guerre Sociale, les édits novateurs du gouverneur Verrès ou encore les réajustements de l’organisation fiscale des provinces au Ier s. av. J.-C. invitent à mettre en cause cette thèse et à s’interroger sur les ressources intellectuelles auxquelles les dirigeants romains pouvaient puiser pour revivifier le mos maiorum.
 
Opération 1. Travaux de philologie et d’histoire. Verrines 2 et 3 (J. Dubouloz, S. Pittia)
Cette entreprise est un travail de longue haleine, mené sur le de praetura Siciliensi et le de frumento.
Les discours In Verrem amènent d’abord à penser le rapport entre Rome et la plus ancienne de ses provinces alors que se mettent en place les structures administratives de l’empire. D’un côté, Cicéron développe lui-même une réflexion essentielle sur la nature du pouvoir romain et sur les conditions de sa légitimité. De l’autre, certains exemples illustrent comment les relations de patronage nouées avec les individus et les communautés de Sicile ont eu une forte incidence sur toute la politique provinciale de Rome. Ces discours ouvrent une réflexion sur les rapports entre juridiction romaine et juridiction locale, et plus largement sur l’articulation de diverses sources du droit dans les provinces. Les romanistes ont lu dans ce texte l’indice d’une formalisation, voire d’une première codification des édits prétoriens au Ier s. av. n.è. ou bien d’une extension progressive de la cognitio du gouverneur au détriment des tribunaux locaux ordinaires. Cet ensemble est aussi, pour l’époque républicaine, un témoignage fondamental sur l’histoire économique et l’histoire de la pensée économique, notamment pour la conception de la fiscalité dans les provinces. Si la culture matérielle contribue à de profonds renouvellements de l’histoire économique, l’intérêt des textes littéraires et juridiques n’est en rien épuisé.
 
Opération 2. La construction d’une tradition administrative romaine (IIe s. av. J.-C.-Ier s. ap. J.-C.) (C. Berrendonner)
Il s’agit d’envisager la progressive structuration des savoirs administratifs entre République tardive et début du Principat, en surmontant la coupure historiographique traditionnelle entre les deux périodes, et ce à partir d’un thème prioritaire, l’administration des finances publiques et la fiscalité. Dans la mesure où l’administration se définit comme les services destinés à assurer la mise en œuvre de la décision politique, il s’agira en premier lieu de prolonger les travaux existants sur les différents « bureaux » et leurs agents ; la production de documents et leur typologie ; l’accumulation et le perfectionnement des connaissances et techniques nécessaires à l’accomplissement des missions, mais aussi d’accorder une attention nouvelle à deux dossiers. Le premier concerne les modèles d’administration rencontrés par les Romains durant la conquête du bassin méditerranéen – on pense bien évidemment aux grandes monarchies hellénistiques, et tout particulièrement au cas lagide ; les emprunts éventuels qu’ils y opérèrent, notamment à la faveur de la provincialisation de la Cyrénaïque, puis de Chypre, mais aussi des fonctions de diocète exercées par Rabirius Postumus, devenu ensuite une pièce maîtresse de l’entourage césarien ; le rôle que ces possibles transformations administratives eurent dans l’évolution du régime républicain vers le Principat (l’invention du Fiscus s’inspira-t-elle de l’exemple des finances royales lagides ?) ; les mutations, enfin, entraînées par le processus de provincialisation sur les administrations régionales (les Romains, comme on l’écrit fréquemment, se contentaient-ils de reconduire les réalités locales préexistantes ?). Le deuxième axe d’étude portera sur la notion d’efficacité administrative et sur les savoirs nécessaires à sa réalisation. Les objectifs visés étaient-ils atteints dans des délais raisonnables, avec une juste proportion des moyens employés respectivement aux résultats obtenus ? A contrario, les épisodes de résistance à l’impôt permettent-ils de repérer en creux des « dérives de l’administration » ? Trouve-t-on par la suite trace de réformes en matière fiscale, de tentatives pour corriger les déficiences techniques de l’organisation antérieure, ou les relations difficiles avec les administrés ? S’il faut répondre par l’affirmative, sur la base de quelles données et de quels avis l’autorité publique opérait-elle des modifications ?
 

Opération 3. D’une guerre à l’autre, traumatismes et recompositions (M. Bats, J.-Cl. Lacam, R. Laignoux)

Construite autour de deux temps forts, la 2e guerre punique et les guerres civiles du 1er siècle, souvent présentés comme des moments déstructurants, cette opération tend à montrer que ces conflits ont paradoxalement constitué des matrices de dynamiques à long terme. L’entreprise conduite à propos de la 2e guerre punique vise à rassembler des spécialistes d’histoire militaire mais aussi diplomatique, religieuse et économique. Il s’agit de prendre en compte les divers horizons régionaux (territoires romain et osco-ombrien, zones gauloises et hispaniques, monde punique) et de laisser place à une approche historiographique faisant mesurer le ressenti de traumatisme aux époques tardives (mélange de traumatisme et de fierté à avoir vaincu).
Celle qui part des guerres civiles a elle aussi pour finalité de dépasser les questions proprement militaires pour se concentrer sur l’administration de l’empire, sur la construction de la légitimité politique, sur les changements dans le rapport au politique au sein de la société romaine. L’angle de la recomposition du pouvoir politique à Rome est privilégié, en voyant dans les guerres moins un moment de destruction qu’un laboratoire d’innovations politiques.
Dans les deux cas, il s’agit de mettre l’accent sur l’étude des transitions, sur les formes de l’inventivité institutionnelle, sur les modalités nouvelles de la communication politique.

‑ Atelier 1 : le 24 mai 2019 - Introduction - De la 2e guerre punique aux guerres civiles : crises, traumatismes et nouvelles dynamiques ? - Bilan historiographique et nouvelles pistes.
‑ Atelier 2 (2020) - Guerre : pratiques militaires et diplomatiques
‑ Atelier 3 (2021) - Centre et périphéries dans les guerres
‑ Atelier 4 (2022) - Pouvoir et communication politique en temps de guerre
‑ Atelier 5 (2023) - Questionnements religieux, renouveaux sociétaux et culturels

 
Opération 4. L’Italie romaine en construction (S. Pittia)

Cette entreprise entend consolider les liens tissés d’une part avec les archéologues spécialistes de l’Italie pré-romaine et romaine, mais aussi avec les historiens, les juristes et les linguistes pour conduire des études sur l’unité/ la diversité régionale des identités civiques, politiques et culturelles dans l’Italie pré-romaine et romaine. Il s’agit aussi de mieux intégrer dans le programme les études d’histoire diplomatique, notamment celles qui concernent les contacts des populations non-romaines de l’Italie avec les nations étrangères.
L’identité citoyenne, la diffusion d’un modèle juridique, l’acculturation par le droit et par l’usage d’une langue officielle soulèvent, entre autres interrogations, celles concernant l’attractivité même de la citoyenneté romaine, que l’on tend trop à présenter comme toujours désirable et acceptée. La conquête romaine de l’Italie et surtout ses temps de faiblesses valent d’être envisagés sous l’angle de la médiation : quels indicateurs permettaient aux contemporains de percevoir et de comprendre des mécanismes qui déclenchent des crises voire des guerres ? Quels hommes, tant Romains qu’alliés, pouvaient jouer le rôle de négociateurs ? Nous mettrons au centre le thème de la réconciliation comme stratégie politique conduite par une partie de la classe politique romaine ; l’existence d’une historiographie antique que nous devons appréhender dans ses remodelages et dans sa diachronie ; enfin, il y a matière à penser les conflits de l’Italie en construction dans une logique utilisée par les historiens pour penser les conflits du XXe s., à savoir les phénomènes de résilience, la capacité à récupérer de guerres qui furent un traumatisme en Italie même.
Conduire, dans la diachronie, une lecture des relations juridiques entre Rome et les Italiens qui tienne mieux compte de nos connaissances sur la prospérité des cités ou des communautés vaut aussi d’être tenté : et il faut le faire au moment de l’entrée dans l’orbite de Rome, puis sur la durée, pour tenter de mesurer si une corrélation existe entre développement économique et entrée dans l’imperium Romanum et les droits qu’il autorise (ou refuse). Au-delà du droit qu’il cadre, le commercium stimulait la production et les échanges économiques. Dans quel(s) sens ? Le déséquilibre de l’hégémonie était-il compensé en partie par un autre déséquilibre dans la production, la circulation et les échanges de biens ? Cette dimension permettrait de reconsidérer, au-delà du nécessaire aspect juridique, l’intérêt que les partenaires de Rome pouvaient avoir à conclure un traité et bien sûr à le rompre. On ne peut pas déconnecter l’approche historique et juridique de questionnements touchant à la « géographie de la richesse ».

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