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Conférence d’Edoarda Barra (ANHIMA)

Séminaire "Anthropologie religieuse de la Méditerranée ancienne"

Dans le cadre du séminaire de Gabriella Pironti (EPHE) « La fabrique des “puissances” en pays grec : les noms, les corps, les pouvoirs »
 
Edoarda BARRA (ANHIMA) donnera une conférence intitulée :
 
« Une nouvelle interprétation du fr. 31 de Sappho ou Pour une Sappho “anthropologiquement correcte” »
 
Jeudi 30 janvier 2019 de 16h à 18h
Salle Mariette, INHA
 
Résumé :
Le très célèbre fragment 31 Voigt de Sappho décrit plusieurs symptômes d’un état d’âme qui s’oppose à celui d’un personnage masculin « égal aux dieux ». Qui est-il, pourquoi est-il là, assis près de la belle et, surtout, comment interpréter sa proximité avec le divin à l’aune d’un système religieux si différent du nôtre ? Peut-on prétendre d’emblée qu’il baigne dans le bonheur, qu’il est indifférent ou maître de lui pour ensuite le scotomiser ? S’il s’agit du troisième élément d’un triangle amoureux, s’il subit, lui aussi, l’emprise d’Aphrodite, en quoi et pourquoi ses symptômes diffèrent-ils de ceux de la persona cantans ? Quel est son statut, ainsi que celui de la jeune fille, et quel message Sappho voulait-elle leur transmettre ? Puisque le fragment 31 a tout l’air d’être un skolion, faudra-t-il fouiller dans la salle du banquet – ce haut lieu de savoir et de sociabilité sanctuarisé par les libations – pour trouver enfin le siège officiel de « l’école » où Sappho donnait ses « leçons », du « thiase » où elle honorait ses dieux et initiait ses jeunes filles aux « mystères » d’Éros ?
Voilà quelques unes des questions auxquelles je m’efforcerai de répondre, à travers la lecture d’une série de fragments des poètes lyriques qui, en réadaptant les formules homériques, présentent éros comme une lutte, un duel métaphorique. Mais alors que la persona cantans du fragment 31 manifeste tous les symptômes de la peur, le personnage masculin montre à mon avis la folle audace caractéristique des héros homériques définis par la formule daimoni isos, opposition qui pourrait relever de la façon dont Aphrodite décline ses pouvoirs au masculin et au féminin.
La dernière question que nous nous poserons naît d’une constatation : chaque époque a eu sa Sappho. Quelle sera celle du XXIe siècle ? Le but de cet exposé est de montrer que, si nous tenons à ce qu’elle soit la plus « anthropologiquement correcte » possible, il faudra vite faire tabula rasa de toutes les interprétations conçues sur la base de jugements complètement étrangers aux Grecs de l’époque archaïque, comme ceux qui voient dans l’état d’âme de l’homme « égal aux dieux » du pur bonheur, sous les regards d’une femme qui, dans son coin, n’éprouverait qu’envie ou jalousie, émotions qu’elle nous livre en ouvrant son cœur et qui conviennent parfaitement au portrait d’une « névrosée » ou d’une malheureuse au bord du suicide.

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